DSC00205.JPG Arrière petite fille d’Esther Bambridge et arrière petite fille de Gaspard Coppenrath qui achètera une parcelle de terre à Pirae au 19ème siècle, son enfance sera baignée dans la politique, l’engagement, et la recherche de plus de justice sociale. Elle est troisième d’une fratrie de 8 enfants, son père est avocat et sa mère se consacre entièrement à l’éducation de ses enfants. La foi chrétienne dont elle est emprunte encore aujourd’hui, donne un sens à son parcours. Ce qui ne l’empêchera pas de défendre en 2001, à l’Assemblée de la Polynésie française, un dossier sur la contraception et l’interruption volontaire de Grossesse.

Lorsque je l’ai rencontrée au Fare Tiatau, Béatrice Vernaudon tenait son rôle de mère face à un jeune homme de 18 ans qui s’est rallié à sa cause dans To Tatou Ai’a. Une fois dans son bureau, j’ai retrouvé la femme politique, celle qui a traversé la révolution culturelle de l’émancipation des Femmes dans les années 70, une Polynésienne dont le parcours politique s’inscrit dans notre paysage polynésien ; l’assistante sociale qu’elle était, reste aujourd’hui à proximité de la population, dans ses déplacements quotidiens, on l’aborde au marché ou dans la rue, comme si on la connaissait personnellement.

Elle a su rester « accessible », malgré toutes les fonctions de responsabilité qu’elle a tenues jusqu’à présent. Le portrait qui s’est dessiné lors de cet entretien est celui d’une femme déterminée, au regard fixe et attentif, mais toujours souriante, aussi. La perte de son mandat de députée l’a affectée, non pas pour le mandat en lui-même, mais parce qu’elle s’était créé tout un réseau de contacts qui aurait pu bénéficier à la valorisation de dossiers touchant à son Pays. Elle ne regrette rien, puisque si elle avait été élue députée, elle n’aurait pas connu et vécu l’expérience actuelle de To Tatou Ai’a.


DSC00204.JPG A quel moment de votre vie avez-vous décidé d’entrer en politique et pouvez-vous nous relater ce que vous considérez être votre plus grand accomplissement ?

L’évènement qui a révélé en moi une conscience politique fut en 1976 ; alors que je n’étais qu’une jeune assistante sociale, le gouvernement m’a sollicitée pour représenter la Polynésie française à une conférence sur le thème du développement communautaire, conférence de la Commission du Pacifique Sud, qui se tenait à Fidji. Le thème de cette conférence, c’était « Comment mieux vivre en communauté, en comptant sur soi-même »

J’ai découvert la dimension océanienne avec beaucoup de similitudes et de contrastes par rapport à mon pays. Cette expérience a été à la fois douloureuse et enrichissante.

Douloureuse, parce que j’ai été la cible des membres de l’association : j’étais typée popa’a et je venais d’un pays où l’on pratiquait des essais nucléaires. Ces femmes du Pacifique m’ont marquée par leur militantisme et la haute confiance qu’elles avaient en leur peuple. J’ai essayé de me défendre en leur expliquant que je n’étais pas dans la peau d’une colonisatrice… le vécu des Pays anglo-saxons est tellement différent du nôtre : les Britanniques voulaient accorder l’indépendance à ces pays, il n’y a jamais vraiment eu de melting-pot comme ici, où les métissages sont à la racine de notre histoire. Leur situation était différente de la mienne : le mélange ethnique modifie les cartes du jeu.

Cette expérience a été enrichissante parce que je suis restée admirative de leur conscience politique. Et puis, à mon retour de Fidji, j’ai porté un autre regard sur notre société.

En tant qu’assistante sociale, j’avais été formée à étudier les dossiers au « cas par cas ». A mon retour de Fidji, j’ai pris l’initiative de mettre en place de nouvelles approches : soit, le travail de groupe ; j’ai réuni des mamans, nous avons travaillé ensemble sur des thèmes bien précis, nous avons abordé les problèmes « en groupe ».

Cette audace du changement m’a valu d’être remarquée au sein de mon travail. En 1981, s’est tenue la 1ère conférence des Femmes du Pacifique en Polynésie française, et là, on m’a désignée présidente de cette conférence à l’APF.

Suite à ça, nous avons créé le Conseil des Femmes de Polynésie française, avec, entre autres, Flora Devatine, Bella Perez… nous avons mis en place un bureau pour aider et inciter tous les Pays du Pacifique Sud à promouvoir la place des Femmes dans le développement social et économique.

C’est à ce moment là que j’ai décidé de m’investir véritablement en politique, pour pouvoir concrétiser nos actions. J’avais été sollicitée par Boris Léontieff mais j’avais finalement refusé ; je pensais alors que le social ne devait pas s’imbiber de politique.

En 1996, soit bien longtemps après, Gaston Flosse me propose de rejoindre le gouvernement. Et j’ai dit « oui », parce que c’était pour moi, l’occasion extraordinaire de révolutionner l’action sociale. Et en effet, grâce, par exemple à l’IRFE (Institut Régional de Formation des Educateurs), nous avons formé 400 personnes. La politique et l’action gouvernementale a été une possibilité de pouvoir agir concrètement : ça a été 5 années d’accomplissements, Gaston Flosse était très exigent et je ne regrette absolument rien de cette expérience. Je ne renie rien du tout : cette période a été prolifique d’accomplissements pour mon pays. C’est à ce moment précis que j’ai travaillé avec Georges Puchon, Jean-Christophe Bouissou, Gaston Tong-Sang.

Nous avons un passé commun, nous nous connaissons bien et nous avons déjà travaillé ensemble autrefois. C’est une des raisons pour laquelle nous nous entendons bien aujourd’hui.

Votre vie de mère a-t-elle été perturbée par la médiatisation et vos choix politiques ?

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« Perturbée »… non, ce n’est pas le terme. Le plus difficile, c’est pour les enfants, surtout le plus jeune d’entre eux, qui supporte mal les regards qu’on porte parfois sur sa mère.

Je dois dire qu’il faut une bonne santé physique et psychique pour gérer certaines situations et aussi une bonne organisation. J’ai toujours été épaulée par mon mari car il connaît et partage la cause de mes engagements. C’est vrai, ça n’a pas toujours été facile. Le fait que je sois absente (lors de mon mandat de députée par exemple) a enrichi son rôle de père, ce qu’il a beaucoup apprécié.





Vous aviez entendu le message du « TAUI » et aujourd’hui, ceux-là mêmes qui vous le reprochaient, sont en osmose avec l’UPLD-Tavini, quelles conclusions en tirez-vous personnellement ?

Là où ça me fait mal, c’est qu’ils ont précisément utilisé cet argument dans la campagne législative. Oui, j’étais très attachée à mon mandat parce que j’avais bâti tout un réseau de contacts, de connaissances, qui aurait pu me servir à accomplir encore plus pour mon pays.

Le Tahoera’a m’avait accusée de traîtrise et aujourd’hui, ils tiennent le même discours de respect du choix démocratique de la population et ils s’insurgent contre la « diabolisation » du Tavini.


Vous êtes aujourd’hui en deuxième position sur la liste de To Tatou Ai’a, que retenez-vous de ces 3 derniers mois d’agitation politique en Polynésie française et quel regard portez-vous sur l’avenir de votre pays ?


  1. Je retiens l’élaboration du programme, une vraie expérience de groupe, pendant 15 jours, tous les jours. Je ressens un véritable enthousiasme à ce sujet car on a pu faire passer l’essentiel des idées pour promouvoir l’insertion sociale, l’éducation, la famille et la jeunesse, au centre du programme ;

  2. Je retiens les résultats du 1er tour qui m’a beaucoup émue, une majorité silencieuse a parlé dans les urnes, qui a exprimé une voix du bon sens.


Selon vous, qu’est-ce qu’une Polynésienne, aujourd’hui ?

Il y a des situations bien différentes, entre la Polynésienne qui a accès au travail et à la culture, et celle qui n’a pas d’emploi et qui vit dans une situation précaire.

Elles peuvent se rejoindre, oui, même dans la plus grande pauvreté, elles ressentent leur identité de femme. Elles sont attachées à la vie communautaire.

Je pense que la Polynésienne est attachée à son Pays et à son identité.


Quelle est la plus importante richesse de la Polynésie française, quel est son point faible ?

Bien sûr notre richesse, c’est notre diversité ethnique, culturelle et cette harmonie particulière entre la population et l’environnement naturel, qui donne à la Polynésie française son âme.

Notre point faible, c’est la société de consommation. Il est clair que les transferts de l’Etat auraient pu être répartis autrement, il y a, de ce côté une nécessité de correction que les politiques ont évité d’aborder. Notre société est devenue très matérialiste, et ceci est essentiellement dû à des transferts mal dirigés.


Quelle mesure du programme To Tatou Ai’a vous tient le plus à cœur, pour quelle raison ?

Ce qui me tient le plus à cœur, c’est que la Famille et la Jeunesse soient au centre de notre programme. Trente pour cent d’enfants qui quittent le système scolaire… le plan Marshall pour la Jeunesse est excellent.


Nicole Bouteau a mis en porte à faux le ministre de l’Outre-mer, Christian Estrosi. C’est une femme politique que vous respectez et pour laquelle vous avez de l’admiration. Etes-vous déçue de son choix ? Pensez-vous, par ailleurs, que l’UMP a fait preuve de plus d’interventionnisme que le parti socialiste à cet égard ?

Oui, j’ai du respect et de l’admiration pour Nicole, et j’ai été extrêmement déçue qu’elle ne nous rejoigne pas. L’idéal aurait été qu’elle soit avec nous dès le premier tour, mais ça ne s’est pas fait, c’est dommage. Nous avions construit une cohérence de groupe ces 3 derniers mois et à cause du délai assez court pour la fusion des listes, il aurait été très difficile d’intégrer No Oe e te Nuna’a.

En ce qui concerne l’appel du ministre, je reste persuadée que son intention n’était pas l’ingérence. Christian Estrosi, de toute évidence, apprécie beaucoup notre pays et il souhaite que les Autonomistes soient tous unis pour qu’il y ait enfin une stabilité. Je considère qu’il y a eu maladresse des deux parties, car cet évènement a été exploité politiquement.


Vous vous êtes exprimée mardi soir sur le plateau du Journal Télévisé, sur les indemnités des ministres. Grâce à l’intervention de représentants de l’Assemblée (notamment le groupe Polynésiens Ensemble à l’époque) ces indemnités ont été réduites de 6 à 3 mois, mais sont encore mal perçues par l’ensemble des Polynésiens qui ne bénéficient pas de tels avantages. Vous avez expliqué clairement que l’emploi de Ministre était du « 365 jours/ an », sans horaires fixes. Pourtant de nombreux Polynésiens travaillent eux-mêmes dans des conditions difficiles, n’ont pas tout le temps leurs congés et sont destinés à toucher des retraites mensuelles avoisinant parfois les 70 000 par mois… difficile, donc, pour eux de comprendre ces indemnités. Que pensez-vous de la mise en place d’une allocation chômage dégressive : Ne serait-ce pas là une mesure égalitaire vis-à-vis des gens de la population qui ne sont ni fonctionnaires, ni politiques ?

Oui, en fait, ce que j’ai dit lors du journal télévisé, c’est qu’il n’était pas normal de toucher 3 mois d’indemnité pour 3 mois de travail, nous sommes dans le cas du gouvernement présent, dans une situation bien particulière et ces indemnités sont injustifiables vu la courte mandature des ministres. Mais lorsqu’on travaille tous les jours de l’année, sans compter les heures, pendant 5 ans, trois mois d’indemnités ne sont pas justifiables ?

En effet, il faudrait faire une analyse globale des dispositifs de soutien à l’emploi. Gaston Flosse était contre l’allocation chômage parce qu’il craignait un engrenage et il a toujours préféré une politique d’aide à l’insertion. A mon avis, une caisse chômage (avec perception dégressive de l’allocation) en cas de Licenciement Economique, comme l’élément d’un ensemble où l’activité ou l’insertion doivent être prioritaires, c’est possible, pourquoi pas. Mais nous devons toujours donner la priorité à la valeur du travail, à l’insertion. C’est une philosophie essentielle.


La stratégie politique du Tahoera’a est de se centrer sur l’inconstance des parcours politiques de certains colistiers de To Tatou Ai’a. La stratégie politique du Tavini est de décentrer le débat sur l’Indépendance par un détournement linguistique du mot (en « Souveraineté »), et de se revendiquer une moralité politique. Premièrement, pensez-vous que si instabilité il y a, elle serait à craindre de vos colistiers, ou serait-elle la conséquence d’une majorité relative ? Deuxièmement, comment analysez-vous la stratégie médiatique du Tavini Huiraatira ?

On a une obligation de permettre la stabilité.

Au sujet de ces stratégies politiques, et bien, c’est difficile pour eux d’accepter que la population ne leur fasse plus confiance, dans sa majorité. Ils font feu de tout bois pour convaincre l’électorat (BV regarde brièvement le prospectus anonyme et bourré de fautes distribué dans les rues hier, accusant Gaston Tong Sang de corruption)

Je pense sincèrement qu’il y a eu une telle déception de la population vis-à-vis de la classe politique que la classe politique est obligée de changer ses méthodes.

Les axes du programme To Tatou Ai’a sont clairs et précis à ce sujet : bonne gouvernance, démocratie locale, et surtout développement durable, soit une croissance au service de l’être humain…


Si vous pouviez changer, par un coup de baguette magique, quelque chose dans votre pays, que changeriez-vous ?

La justice sociale. Je souhaite que tous les Polynésiens soient d’avantage acteurs de leur pays.


Beatrice Vernaudon, l’hydrogène est-il l’avenir de notre pays ?

Je n’ai pas de jugement particulier à ces propos d’Oscar Temaru : il n’est pas dans la réalité d’aujourd’hui, mais cependant, aucune niche n’est à négliger.


Si demain les scrutins sont en faveur de To Tatou Ai’a, sur quel dossier plancherez-vous en premier ?

Je travaillerai sur la réforme de la PSG car il faut placer la branche famille au centre du développement (et non pas la maladie et le curatif). Je travaillerai également sur la décentralisation et le développement social en partenariat avec les communes.

Je veillerai à maintenir cette culture du dialogue, de la concertation et du résultat, dans l’intérêt de notre Pays.


Si demain, aucune majorité forte ne ressort de ces élections, pensez-vous que les autonomistes trouveront un terrain d’entente ?

On est obligé, on n’a pas le choix. Il faut des concessions de part et d’autres. Nous devons respecter l’opposition, nous devons tenir compte des autres, même de l’UPLD.

Le peuple est souverain dans les suffrages : On doit appliquer ses choix et construire ensemble.


Question de Société : Comment lutter contre l’alcoolisme et la Toxicomanie ?

  1. Par la répression : Nous devons proscrire ces comportements qui mettent en danger les personnes. L’alcool et la drogue ne sont pas dans la norme.

  2. Par le soutien aux familles : les enfants n’ont pas besoin de paka lorsqu’ils sont épanouis. Les drogues sont là pour signifier « j’existe », un mal-être, alors les familles ont leur rôle à jouer. Pour cela il faut faire un travail de proximité, il faut renforcer le tissu social afin que les familles assument pleinement leurs rôles dans une notion de bonheur familial.


En quelques mots, pourquoi doit-on voter pour To Tatou Ai’a, dimanche 10 février ?

Pour ouvrir une nouvelle ère de développement de la Polynésie française. Une ère de rassemblement, de dialogue, de partenariat, de concertation et de plus grande justice sociale. Une ère de meilleure expression culturelle, qu’on puisse construire l’harmonie entre tradition et modernité.

L’équité, l’égalité des chances sont des prérogatives à la paix dans notre Pays.

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