Madame Emma ALGAN est intervenue lors de la séance du jeudi 24 avril sur le Rapport d’observations définitives de la Chambre Territoriale des Comptes concernant la gestion de la collectivité de la Polynésie française, au titre de la politique de l’emploi pour les exercices 1998 à 2006. Elle souligne, dans son discours les failles des mesures incitatives à l'emploi, et propose une action immédiate du programme de l'emploi de To Tatou Ai'a.
Salutations.
Les lectures des rapports de la chambre territoriale des comptes sont des moments désormais habituels pour notre assemblée.
Dans la majorité des cas, ces rapports nous invitent à la réflexion. Celui relatif à l’emploi ne déroge pas à cette règle.
Son premier intérêt, son premier « jugement » si j’ose dire, porte sur la continuité des politiques publiques en matière d’emploi de 1998 à 2006.
Comme il le souligne, « depuis les années 90, ces orientations majeures n’ont jamais été désavouées. Pas de revenu minimum d’insertion (RMI), pas d’indemnisation du chômage, mais des contrats aidés et une formation professionnelle à la carte. Tels sont les maîtres mots de cette politique ».
L’exposé des motifs fourni par le gouvernement est, à cet égard, une illustration du propos de la chambre territoriale des comptes puisque cet exposé reprend à nouveau, avec des mots peut-être un peu différent, les mêmes orientations que celles des gouvernements successifs depuis 1990 y inclus les gouvernements Temaru.
Ainsi, dans le domaine de l’emploi, il n’y a eu strictement aucun TAUI, comme le souligne sans parti pris la CTC.
Cela n’est pas grave de rien avoir changer, mais il est bon que la population soit informée.
Le deuxième élément qui ressort de ce rapport est l’importance vitale des financements d’Etat pour la mise en œuvre de notre politique de l’emploi qui pourtant relève entièrement de la compétence du Pays.
Le rapport indique que « depuis 2005, la totalité des programmes d’actions pour l’emploi est financée par un prélèvement sur la DGDE versée par l’Etat : 4,71 milliards en 2005 ; 3,15 milliards en 2006 ».
Sur ce point, il convient que chaque élu et représentant intègre parfaitement la portée de cette donnée.
Car, sans le soutien de l’Etat, le Pays n’est pas en mesure de mettre en œuvre une politique de l’emploi. En d’autres termes, indépendant, Tahiti Nui n’aura pas les moyens d’élaborer et mettre en œuvre une politique d’insertion des jeunes, spécialement des jeunes les moins bien formés.
Enfin, la chambre rappelle que la période considérée fut une période globale de croissance et que l’efficacité des dispositifs mis en oeuvre ne se situerait donc pas dans la création nette d’emplois.
En clair, les nouveaux emplois créés durant la période seraient dus à la croissance et non aux dispositifs d’insertion.
En fait, les dispositifs d’insertion successifs, pour leur part, « ont servi d’exutoire à la montée des demandeurs d’emploi sans qualification » et « joué de facto, avec une certaine efficacité, le rôle du revenu minimum d’insertion (RMI) auprès des actifs sans qualification ».
Ils ont agi comme un « régulateur essentiel » du chômage en Polynésie française.
On se souvient des grandes déclarations de l’ancien ministre de l’emploi Pierre FREBAULT qui se targuait de créer des milliers d’emplois nouveaux grâce à ses dispositifs dès leur mise en œuvre.
Ses dispositifs sont en place depuis maintenant de longs mois et ont pu même être évalués par la chambre territoriale des comptes.
Basé sur les mêmes concepts que leurs prédécesseurs, ils ont eu le même effet et ont agi à la marge. Ce qui peut paraître suffisant en période de croissance mais, s’avère très nettement insuffisant en période de récession économique.
Or, depuis 2004, la situation économique s’est infléchie et la situation démographique nous contraint à revoir les fondements de notre politique en matière d’emploi.
En effet, notre politique de l’emploi doit désormais prendre une nouvelle dimension à la fois en matière d’insertion économique et d’insertion sociale.
Cette nouvelle politique consistant à mettre l’emploi au carrefour de la politique économique et de la politique sociale se traduit par la réorganisation des dispositifs existants, notamment celui du DARSE et celui du CPIA et du CED (figures rebaptisées du CIG/DIJ et CIE).
Nous aurons l’occasion de développer plus avant nos idées dans les semaines qui viennent. Mais en tout état de cause, la situation démographique et économique commande une remise à plat des politiques publiques en matière d’emploi car il y a urgence.
Comme le rappelle la Chambre territoriale des comptes, reprenant notre analyse structurelle, « le flux moyen des jeunes entrant sur le marché du travail est estimé à 4500/5000 alors que les sorties ne dépasseront pas 1500 à 2000 dans les prochaines années. Ce déséquilibre laisse donc un contingent de 2500 à 3000 jeunes à la recherche d’un emploi, d’une formation ou d’une activité. Cette situation doit se poursuivre jusqu’en 2013 et connaître son apogée en 2008 ».
Conscient des nouveaux enjeux socio-économiques, le GVT TONG SANG apportera, avec le concours de l’Etat et en partenariat avec le secteur privé, par une politique de soutien actif aux secteurs prioritaires, des réponses concrètes aux besoins de la population.
Je vous remercie.
Emma ALGAN
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