Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Chers collègues,

Le compte administratif qui nous est présenté aujourd’hui est en quelque sorte le bilan financier du gouvernement et de sa majorité pour l’année 2005. C’est le 1er véritable bilan présenté par le gouvernement TAUI dont il peut s’arroger seul les bénéfices ou les désavantages.

Pour rentrer dans le vif du sujet, je dirai que ce bilan est nul.

Il est nul pour de nombreuses raisons que je souhaiterais vous détailler :

1) Pas de TAUI

D’abord sur un plan général, le budget exécuté de 2005 ne présente aucune révolution qui traduise le changement relevant des engagements politiques de l’UPLD.

Que ce soit en matière de recherche d’économies de fonctionnement, de mesures nouvelles sur le plan économique ou social, ou de relance de l’activité économique par l’implication des pouvoirs publics dans le lancement de nouveaux grands chantiers, le bilan qui nous est présenté est nul sur chaque point et, pour être imagé, apparaît sur l’oscilloscope en ligne continue comme pour signifier que le cœur du gouvernement ne bât plus !

Vos engagements électoraux n’ont fait l’objet d’aucune réalisation. Je vous les rappelle sommairement :

  • Création d’une indemnité pour les mères au foyer (60 milles francs), rien n’a été fait ;
  • Vente de l’ATR 42 pour distribuer l’argent aux pauvres, exécution zéro ;
  • Mise en accession à la propriété des logements sociaux, exécution zéro ;
  • Arrêt du versement des loyers des logements sociaux, exécution zéro, bien au contraire vous expulsez les familles actuellement ;
  • Baisse de la fiscalité sur les ménages par une diminution de la TVA, exécution zéro ;
  • Diminution des dépenses publiques notamment par une réduction drastique du nombre de Ministres au gouvernement, exécution c’est pire qu’avant ;
  • Restitution des terres aux polynésiens ;
  • Et j’en passe…

2) La situation économique et sociale du pays s’est dégradée

En réalité, la situation économique et sociale de notre pays s’est fortement dégradée.

J’en veux pour preuve l’inflation qui a atteint sur la seule année 2005, 2.3% en indice général et 3.6% sur l’indice des prix concernant l’alimentation et 3.3% sur les services. Cela fait plus de 20 ans que l’on n’a pas connu pareil dérapage des prix. Votre inaptitude à contenir les prix a appauvri les polynésiens qui constatent cette année encore une augmentation substantielle des prix à la consommation.

Malgré vos multiples déclarations pour rassurer la classe politique et la population, le nombre de chômeurs a malheureusement progressé surtout chez les jeunes qui désespèrent de trouver un emploi dans leur propre pays.

L’action de votre gouvernement dans le domaine social est à l’image du budget que vous avez consacré au logement social. C’est-à-dire pratiquement rien. L’appareil de production des logements sociaux s’est arrêté car vous considérez, comme nous l’a fait remarquer un éminent représentant de l’UPLD dernièrement, que le polynésien nécessiteux doit se débrouiller tout seul, à l’image d’une personne à qui on donne une canne à pêche. Belle mentalité !

3) Analyse des résultats d’exécution du budget 2005

En matière de recettes de fonctionnement

S’agissant de l’exécution du budget, j’attire l’attention des membres de l’Assemblée sur le déficit global dégagé en fin d’exercice et qui se monte à –122,6 millions de francs. En fait, malgré un excédent de fonctionnement de 6,9 milliards de francs, la section d’investissement laisse un déficit de clôture de près de 7,1 milliards de francs réduisant ainsi le niveau du fonds de roulement du pays.

Comme l’a rappelé le rapporteur, ce n’est que grâce à l’imputation de la côte-part de la dotation globale de développement économique (DGDE) réservée aux actions pour l’emploi et pour la formation professionnelle, pour un montant de 6,7 milliards de francs, qu’un excédent des recettes sur les dépenses est constaté.

La bonne tenue des recettes fiscales n’est pas due, contrairement aux allégations du rapporteur, à la bonne tenue de l’économie, mais à l’inflation des prix avec pour conséquence directe un meilleur rendement de la taxe sur la valeur ajoutée (+2.2 milliards) et une meilleure recette douanière de +2.5 milliards.

Une autre preuve des difficultés économiques que rencontrent nos entreprises polynésiennes, découle de la baisse de rendement de l’impôt sur les sociétés, de la contribution exceptionnelle et de l’impôt sur les transactions. Le montant du différentiel constaté entre 2004 et 2005 se monte à 1,5 milliards de francs, lequel montant représente près de 10 points en moins d’une année sur l’autre. La comptabilisation des amendes ou pénalités pour un montant global de 3,1 milliards de francs ne constitue une preuve de bonne santé de notre économie, loin de là !

La seule bonne note apparaissant dans votre budget n’est pas de votre fait puisqu’il s’agit des subventions de l’Etat qui progressent de 4,1 milliards à 11 milliards, mais même là on ne peut vous accorder ce crédit puisque ces conventions de financement ont été discutées et signées par le gouvernement qui vous a précédé. C’est le cas par exemple des sommes consacrées aux mesures en faveur de l’emploi (DARSE, DIJ, CIG) ou de la formation professionnelle, du soutien de l’Etat au RST ou au secteur de l’éducation.

En matière de dépenses de fonctionnement

Dans le domaine des dépenses inutiles par contre vous faites preuve de véritables prouesses à faire pâlir les meilleurs magiciens de la planète.

En effet, une étude minutieuse du compte administratif dans les chapitres « 933 - Pouvoirs publics » et « 934 - Gouvernement » révèle un coût global du fonctionnement des pouvoirs publics largement supérieur aux années passées puisqu’il s’établit à 6,4 milliards de francs en 2005 contre 6,2 milliards en 2004.

Nous n’en sommes pas étonnés puisque vous avez substantiellement augmenté et le nombre de Ministre dans votre gouvernement et le nombre de collaborateurs au sein de vos cabinets, dès le milieu de l’année 2005, en contradiction avec vos engagements face à la population, et vous dépensez sans compter dans d’innombrables déplacements et missions qui ne rapportent finalement pas grand chose, pour ne pas dire rien, à la Polynésie.

Le coût de fonctionnement de votre gouvernement est de 400 millions de francs plus élevé que celui de l’ancienne équipe. Vous disposez aujourd’hui de plus de 500 collaborateurs à la Présidence du gouvernement et au sein des cabinets ministériels. La dépense annuelle des salaires et autres indemnités versées atteint des sommets inégalés avec plus de 2,5 milliards de francs en masse salariale.

Bravo ! Vous nous avez tous roulés dans la farine !

Même en frais de poste et télécommunication votre gouvernement coûte cher avec 76,4 millions de francs dépensés en 2005 ! Qu’est ce que vous faites de vos journées ? Vous les passez au téléphone ?

Les dépenses de personnel de l’administration croissent d’une manière significative en comptabilisant 27,4 milliards contre 26,2 milliards en 2004, soit 1,2 milliards de plus. C’est le poste de personnel de remplacement qui augmente le plus avec +48,7% par rapport à 2004.

Autofinancement : en baisse

L’ensemble de ces éléments nous amène au constat inéluctable et amer d’un appauvrissement des possibilités financières de la Polynésie et d’un amoindrissement de sa capacité d’autofinancement pour les besoins liés aux programmes d’équipement, lesquels font vivre bon nombre d’entreprises comme vous le savez. Cette capacité d’autofinancement se réduit de 1,7 milliards de francs en passant de 7,8 milliards à 6,5 milliards, soit –17,5%.

Analyse du budget d’investissement : On a moins dépensé, mais ce n’est pas bon signe !

S’agissant du budget d’investissement et surtout de la partie dépenses réelles, laquelle rend compte de la capacité de mobilisation du gouvernement dans l’action de relance de l’activité économique par les effets de la dépense publique, on se rend compte ici aussi du coup d’arrêt porté sur le niveau d’investissement avec le constat d’une diminution entre 2004 et 2005 de plus de 330 millions de francs.

Ces dépenses se montent à 31,9 milliards de francs contre 32,3 en 2004. Elles concernent massivement des opérations déjà lancées et exécutées en partie, équipements sanitaires, voiries territoriales, port et aéroports, équipements scolaires, aménagements divers, acquisitions de terrains et de bâtiments, équipements informatiques, matériels de transport dont le renouvellement du parc automobile pour un montant de 136 millions de francs.

Les opérateurs en construction de logements sociaux n’auront reçu en guise de subvention d’investissement que 1,7 milliards pour Tahiti et Moorea et 1,1 pour les autres archipels au travers du FDA (ou FEI ?).

Avec 1,7 milliards de francs, on peut construire 120 logements à Tahiti. Sommes          -nous bien en concordance avec vos objectifs de soutien et d’amélioration des conditions de vie de nos concitoyens, Monsieur le Ministre ? Ne pensez-vous pas que votre gouvernement est bien ingrat vis-à-vis de votre secteur ?

Conclusion : Un budget exécuté sans philosophie ni convictions

En résumé votre bilan de l’exercice passé se retrouve dans l’appréciation de la population qui a été interrogée dernièrement lors d’un sondage Louis Harris/Les Nouvelles/RFO.

Les motifs d’insatisfaction de la population concernent les domaines suivants :

  • Cherté de la vie (92% d’insatisfaits), votre gouvernement n’a rien fait dans ce domaine (aucun allègement fiscal) ;
  • Circulation (87% d’insatisfaits), votre gouvernement ne fait rien dans ce domaine ;
  • L’emploi (72%), cette situation d’insatisfaction étant fortement ressentie chez les jeunes ;
  • La situation économique morose (70%) ;
  • L’avenir des jeunes (65%) ;
  • Le logement (64%),
  • Le foncier (58%) ;
  • L’environnement (57%) ;
  • Et la qualité de vie (55%).

Rien dans votre bilan ne traduit une prise en considération de ces ressentis de la population. Aussi, je ne peux que vous encourager à vous imprégner de cette feuille de route toute tracée.

Je vous remercie de votre attention.

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