Mesdames et Messieurs les Représentants,
C’est un échec qui nous fait d’autant plus mal qu’il intervient dans le domaine de la pêche dont chacun s’accordera à dire que c’est une partie intégrante de la culture polynésienne.
Je dis « échec polynésien » parce que c’est clairement celui de tous les gouvernements successifs depuis 2000 toute tendance et alliance confondue !
Nous devons avoir l’intelligence et la force d’examiner nos erreurs. C’est une condition nécessaire pour progresser.
Quel enseignement tirer de ce rapport ?
D’abord, tout simplement, de l’humilité et son corollaire, de la prudence dans l’action. « Haere maru, haere papu » !
Au plan structurel, ce sont les conditions d’intervention économique de la Polynésie française qui sont à revoir et l’utilisation qu’elle fait depuis quelques années des sociétés d’économie mixte récentes.
L’axiome économique consistant à dire : « si il n’y a pas assez d’activité économique, il suffit que la collectivité publique la crée pour qu’elle existe » doit être abandonné.
Non, il ne suffit pas qu’une SEM achète des bateaux et même les donne gratuitement à des pêcheurs pour créer une industrie de la pêche.
Non, il ne suffit pas qu’une SEM achète des bus chinois et les donne aux chauffeurs pour résoudre les problèmes du transport en commun dans la zone urbaine.
Non, il ne suffit pas de créer une gare maritime de plusieurs milliards à Uturoa pour que les paquebots et porte containers s’y arrêtent.
Il faut courageusement et lucidement examiner les problèmes structurels de ces différents domaines.
Pourquoi n’y a-t-il pas d’industrie de la pêche en Polynésie française ? Pourquoi n’y a-t-il pas de service public de transport en commun régulier dans l’agglomération alors qu’il fonctionne correctement en dehors ? Pourquoi n’y a-t-il pas à Uturoa d’activité économique à la hauteur de l’investissement de la gare maritime ?
En ce qui concerne l’utilisation d’une SEM pour mettre en œuvre nos projets économiques, l’expérience nous invite, me semble-t-il, à un retour à l’orthodoxie et aux textes. Car, nous payons lourdement (et c’est le cas de la dire) nos dérives et arrangements avec la rigueur des textes.
Rappelons que, selon le texte de la loi, les SEM ont pour objet : l’aménagement, la construction, la gestion des services publics industriels et commerciaux ou des activités d’intérêt général.
Dans le cas de l’activité d’intérêt général, encore faut-il également démontrer la carence de l’initiative privée !
En l’occurrence, la stimulation de l’initiative privée est une chose. Son remplacement par une SEM en est une autre.
De fait, dans le cas de
La collectivité publique intervient alors comme caution bancaire de premier plan et de premier rang au bénéfice direct et indirect d’intérêts finalement privés.
C’est une pratique qu’on doit dénoncer pour éviter de nouvelles dérives.
Ce système coûte des milliards à la Polynésie française et en coûtera encore davantage si il n’est pas proscrit de nos pratiques jugées « normales ».
Dans le domaine de l’intervention économique de la Polynésie française, RAUTAHI s’attache à mettre un terme à ce système pervers et assainir les pratiques publiques.
Je vous remercie,
Emma ALGAN
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