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A quelques jours du deuxième tour des élections territoriales, nous vous proposons une mini-série d'interviews des femmes de To tatou ai'a, afin de mieux les connaître, de les découvrir pour certaines, de comprendre leur parcours et leur engagement politique au sein de l'union autonomiste.





Nous avions rendez-vous au Manava; "maman oblige", Sandra a dû se dépêcher de retrouver sa petite qui avait eu un incident de parcours pendant la récréation. Nous avons passé la matinée ensemble et c'est une jeune Polynésienne très active, aimant profondément la vie et sa famille, qui m'a fait part de sa vision de la société tahitienne et de son combat permanent pour la condition des Femmes du Pacifique. Une personnalité altruiste et généreuse s'est découverte dans cet entretien.

Sandra Manutahi, épouse Lévy-Agami, est présidente du parti autonomiste TE MANA TOA et colistière de To Tatou Ai'a. Cette jeune femme est imprégnée d'une culture métisse, inter-îlienne; elle est née en Nouvelle-Calédonie, d'origine Paumutu et Raromatai. Sandra vit en Polynésie française depuis l'âge de 5 ans. Elle est issue d'un milieu ouvrier et commence à travailler dès l'âge de 16 ans, parallèment à ses études de Droit, dont elle est licenciée. Depuis 10 ans elle est fonctionnaire du Ministère de la Justice.


Parlez-nous de votre association VAHINE ORAMA, qu'est-ce qui vous a motivé dans la démarche associative?

J'
ai eu la chance de pouvoir grandir dans une famille aimante où l'on m'a transmis des valeurs de solidarité mais aussi une éducation très religieuse, de part ma grand-mère. Dès l'âge de 16 ans, je me suis investie dans des associations oeuvrant pour la jeunesse, notamment les jeunes en difficultés. C'est surtout à l'université que j'ai véritablement agi sur le terrain associatif; à l'époque, c'était l'association Universitaire des Etudiants, j'étais représentante au conseil d'administration : ce qui m'attirait, c'était le sentiment que tout était à faire, tout était encore à construire.

ci-dessus, un tableau de Titi Bécaud, dont la vente reviendra à l'association Vahine Orama.
Mais c'est véritablement la naissance de mon premier enfant, en 2002, qui m'a motivée dans le mouvement associatif. La conscience de son avenir, sans doute: je ne veux pas que mes enfants grandissent dans un monde de l'exclusion, un monde où la violence faite aux femmes n'a pas d'écho dans les consciences. Je me suis rappelée que lorsque j'étais à La Mennais, avec une bande de copine, on avait eu un projet d'engagement pour la défense des Droits des Femmes. Alors j'ai recontacté mes amies, nous en avons discuté et en 2003, nous avons créé l'association VAHINE ORAMA. Le 4 mars 2006, nous avons organisé une journée d'information qui nous a permi de réunir tous les acteurs sociaux qui s'occupent des Femmes en difficultés dans leurs foyers. Une véritable synergie a pu s'établir  entre "les maillons" de la chaîne, assistantes sociales, gendarmerie, etc.
Nous avions également organisé une veillée pour Akirina. Dans ce cas précis, ce qui a motivé notre action, c'était la solitude et le désespoir des parents d'Akirina, qui avaient été accusés de négligence dans l'éducation de leur fille.

En août 2007, j'ai été nommée première vice-présidente du Conseil des Femmes de la Polynésie française, c'est une Organisation Non Gouvernementale regroupant toutes les associations des Femmes de Polynésie française. La moyenne d'âge du Conseil des Femmes est de 60 ans, je suis donc la benjamine. Cette nomination est pour moi, très honorable: la transmission entre générations est essentielle pour qu'il y ait une progression dans le savoir, aussi dans la culture.

VAHINE ORAMA travaille également en collaboration avec l'observatoire de la parité, là aussi, les démarches sont très instructives sur la condition des Femmes dans la société.

Il faut savoir, que selon Amnesty International, les statistiques de violence conjugale en métropole sont quasi identitiques aux statistiques locales: une femme sur 4 est victime de violence conjugale. Il n'y a, premièrement, pas lieu de faire de discours colonialiste sur la violence qui mine de nombreux foyers en Polynésie: la violence conjugale touche tous les milieux sociaux et ethniques. Deuxièmement, notre objectif est d'aider l'homme: car c'est bien celui (ou celle) qui initie l'acte violent qui est à la racine du problème. L'environnement familial est capital, dans ce domaine. Les comportements se reproduisent par mimétisme. Plutôt que d'essayer de comprendre "pourquoi", ce qui nous intéresse, nous, c'est de savoir "comment" stopper cette violence.

Dans quelles circonstances en êtes-vous venue à la politique?

F
ranchement, j'avais une piètre opinion de la politique! je n'en pensais pas grand chose, mais j'ai vite réalisé que c'était, malgré tout, la politique qui décidait de notre avenir et que son champ d'action était plus vaste que celui du monde associatif. Une fois que je suis devenue mère, je me suis inquiétée des discours d'exclusion, pour l'avenir de mes enfants qui sont métis, dont l'un est une tête blonde... c'est dans le cadre communal que j'ai vu que je pouvais aider, car la politique est un outil qui permet de venir en aide aux gens, d'agir pour les jeunes notamment. La réalité démographique de notre pays, c'est que 50% des jeunes ont moins de 30 ans.

En quoi votre vie de femme a-t-elle changé depuis que vous vous investissez en politique?

J'
ai toujours été active, et donc, faire de la politique n'a pas changé ma vie de femme. C'est une question d'organisation. Il y a des moments où je suis plus exposée politiquement et dans ces moments là, je compte sur mon mari pour m'épauler dans l'éducation de mes enfants. Je suis une femme qui aime s'occuper de la maison, de la déco à la cuisine... les repas en famille, c'est fondamental: c'est le seul moment où nous sommes tous ensemble. Lorsque je suis en tournée, je n'ai pas le temps de cuisiner, mais les enfants sont compréhensifs. A la ville comme à la maison, chacun a sa place, chacun participe.

Je ne prends jamais pour moi les attaques politiques "personnelles", mais il y a des limites à respecter, comme la famille. C'est très important, pour moi, que les Politiques montrent l'exemple en se respectant les uns les autres.

Je suis plutôt de nature à me centrer sur les objectifs que les personnes. Par exemple dans TE MANA TOA, je ne suis pas "le" leader, mais il y a une équipe: l'objectif n'est pas d'avoir raison, mais de faire avancer les choses.

C'est ça que j'aime à To Tatou Ai'a: chacun a ses arguments, la mixité des personnes, qui ont un fort tempérament mais qui se respectent mutuellement, est une richesse en soi.

Selon vous, qu'est-ce qu'une Polynésienne aujourd'hui?

C'
est une femme volontaire qui peut choisir sa vie. Elle a des choix, une ouverture sur le monde, une envie de s'assumer. La Polynésienne contemporaine n'est pas forcément cantonnée au rôle de mère: là aussi, c'est un choix personnel.

Quelle est la plus importante richesse de la Polynésie française, et quel est son point faible?

L
a plus grande richesse de la Polynésie française, c'est sa famille.
Son point faible, c'est l'individualisme qui se répand.

Quelle est la mesure du programme qui vous tient le plus à coeur, pourquoi?

B
iensûr, c'est la famille et le Jeune au coeur de cette famille. Une famille fière de sa culture, de ses racines, qui souhaite avancer dans la société. Le programme est axé sur une démarche constructive: le plan Marshall des Jeunes est très centré.

Ce programme est véritablement au service de la population, pas uniquement des autonomistes: ses objectifs sont constructifs.

L'autonomie est-elle une fin en soi ou un parcours transitoire de l'histoire polynésienne?

L'
autonomie est un outil qui permet au peuple polynésien d'exercer un certain nombre de compétences; l'autonomie n'est pas un objectif, c'est un moyen. Nous ne sommes pas prêts à l'indépendance, il y a certainement plus urgent, comme l'emploi des Jeunes. Il faut développer le pays, d'abord.

Que répondez-vous à ces personnes qui refusent de se rallier à To Tatou Ai 'a au nom de la moralisation de la vie politique?

J
e ne pense pas être "amorale", je ne pense pas que Béatrice Vernaudon soit amorale, que Gaston Tong Sang soit amoral... je crois à la Justice et ce n'est pas à nous de juger autrui.

Je ne comprends pas ce type de positionnement qui vise à juger les autres. Mon éducation était axée sur l'ouverture et la tolérance.

Condamner des pratiques, oui, condamner des personnes, non. Il ne nous appartient pas de juger les autres et tout le monde a droit à une deuxième chance.

L'intolérance ou le rejet social d'une personne sur un passé fautif n'est certainement pas la solution: la Justice fait son travail, des élus de divers partis ont été condamnés. Au lieu de porter un jugement moral sur ces personnes, nous devons faire en sorte que ces situations ne se reproduisent plus et nous devons nous entourer de gens compétents, l'amateurisme n'est plus de mise dans la gestion d'une commune.

L'union de To tatou Ai'a regroupe en son sein 8 partis différents, tous autonomistes: Selon vous, qu'est-ce qui fait la force principale de cette union, et pensez-vous que les liens qui vous unissent sont assez solides pour assurer une stabilité?

L
a force de To Tatou Ai'a, c'est que nous sommes toutes et tous centrés sur nos objectifs. Nous avons réussi à dépasser les conflits de personnes: Nous sommes un même peuple et les opinions divergentes ne sont plus des

Si demain, les scrutins électoraux sont largement en faveur de To Tatou Ai'a, sur quel dossier plancherez-vous en premier?

J
e m'intéresse plus aux personnes qu'aux structures. Le circuit économique, par exemple, m'intéresse moins que la formation professionnelle ou l'insertion sociale des personnes. Ainsi je centrerais mon travail sur les Jeunes, les Femmes et la Famille.

Si demain, aucune majorité forte ne ressort des élections, pensez-vous que les autonomistes trouveront un terrain d'entente ou qu'un retour à la situation actuelle est prévisible?

N
ous avons une obligation de résultat pour pouvoir mettre en place notre programme. Nous serons redevables à notre électorat vis-à-vis de notre programme et pour cela je suis convaincue que nous aurons une majorité forte.

Une alliance trahirait nos électeurs si les objectifs du programme ne pouvaient être concrétisés. To tatou ai'a défend avant tout un programme.

Question de société: Pour ou contre la discrimination positive?

J'
estime qu'il faut donner la priorité à la compétence. Beaucoup de jeunes Polynésiens sont compétents mais sous prétexte qu'ils n'ont pas d'expérience, on ne les prend pas. Comme dans le domaine de la Culture, il y a aussi, dans le monde des entreprises, un besoin de transmission des savoirs, de la compétence.

En quelques mots, pourquoi doit-on voter To Tatou Ai'a dimanche 10 février?

T
o tatou ai'a, c'est une équipe, avec un leader qui prône la paix et la tolérance, le travail.

C'est aussi la transparence, jusqu'à l'exposition des comptes de campagne.

C'est un programme de 225 mesures au service de l'épanouissement de nos familles. Un programme soucieux de conjuguer tradition et modernité dans le respect et la protection de notre environnement naturel.


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Commentaires

Vraiment super de connaitre un peu plus sur le parcours des colistiers. Bravo!
commentaire n° : 1 posté par : Tiare Apetahi le: 06/02/2008 06:05:33

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