Partager l'article ! France Durocher:"Vivre ensemble, être complémentaires": 1. Vous êtes entrée dans la vie politique par opportunité ...

1. Vous êtes entrée dans la vie politique par opportunité, ambition ou sollicitation ?
Sollicitation. C’était en 1999, à l’époque j’étais professeur d’histoire géo à la commune de Faa’a et connaissant les problèmes que rencontraient certains élèves de la commune de Faa’a, j’avais envie d’agir au niveau de la commune. Ce moment où j’ai souhaité m’investir, a étonnamment coïncidé avec un appel de Jean-Christophe (Ndlr Bouissou) qui me demandait d’être sur la liste des Communales au niveau de la Commune de Faa’a ; ça été pour moi, une véritable opportunité de pouvoir m’investir au niveau de la commune, je voyais des familles en détresse à travers les élèves que j’avais parce qu’ils avaient d’énormes problèmes : les difficultés scolaires qu’ils connaissaient au collège étaient liées aux conditions familiales, à la promiscuité dans le foyer, ils n’avaient pas de lieu pour étudier, pour pouvoir travailler.
2. Quels sont les moments marquants de votre expérience de femme au sein de Rautahi ?
Les moments les plus marquants, c’était au tout début, je ne connaissais pas ce milieu. C’était les premières réunions publiques que l’on a tenues durant les campagnes. J’ai été très marquée par les affronts et les mécontentements de la population, nous n’étions pas souvent bien accueillis, je parle surtout au niveau de la commune de Faa’a, à l’époque… Ce n’était pas une méfiance de la part des gens, mais je pense que c’était plus par rapport à leurs convictions ; il ne faut pas oublier non plus que la commune de Faa’a est gérée par un maire indépendantiste et donc à ce moment là, ils venaient à nos réunions publiques avec leurs convictions et parfois les débats étaient très houleux. Ça m’avait frappée parce que c’était un milieu nouveau pour moi.
3. En tant que femme au sein du parti Rautahi, comment expliquez-vous qu’il n’y ait pas un groupe « Femmes » comme c’est le cas dans la plupart des partis politiques ?
Justement, nous n’avons pas voulu répéter le même schéma que d’autres partis, parce que,
d’abord, c’est assez compliqué à gérer aussi, et puis surtout, quand on crée comme ça différentes fédérations, à un moment donné, on peut se
retrouver à l’intérieur de plusieurs fédérations à la fois, par exemple dans celle des femmes, dans celle des socioprofessionnelles… mais aussi, nous souhaitons éviter toute forme de sectarisme
ou de hiérarchies qui ne sont pas nécessaires à la bonne vie du parti.
4. Est-ce que vos responsabilités familiales font parfois obstacle à vos engagements ?
Il faut dire que j’ai eu beaucoup de chance, car à l’époque où je me suis engagée j’avais déjà deux enfants qui faisaient leurs études en métropole et la dernière était en terminale, donc ça ne m’a pas causé énormément de soucis, bien que la dernière m’ait reproché de ne pas avoir été souvent présente. Pour moi, elle était grande, elle avait 17 ans, elle allait passer son bac et elle allait poursuivre ses études en métropole, alors c’était le moment de m’engager, j’avais envie de m’investir parce que je savais qu’après son départ, j’aurai plus de libertés d’action au niveau familial. J’avoue que si c’était une expérience à faire avec des enfants en bas âge, je pense que je ne l’aurais pas fait. C’est trop contraignant, ça demande beaucoup de temps, je n’aurais pas pu apprécier cette expérience d’engagement politique à ce moment là.
L’homme doit aussi être très compréhensif : si notre conjoint ou notre mari ne comprend pas que l’on veuille s’investir dans des actions… ça ne peut pas marcher. Il faut savoir équilibrer sa vie privée et son engagement.
5. Quelles valeurs sont à défendre en priorité dans la société polynésienne ?
Les valeurs à perpétuer sont celles de
l’éthique : au sein de la famille, il faut perpétuer le respect des autres, le respect de soi, l’envie d’inculquer aux enfants la notion du mérite, qu’il faut travailler pour pouvoir s’en
sortir dans la vie, qu’il ne suffit pas d’attendre que tout tombe dans la main… Ce sont plus ces valeurs familiales qu’il faut protéger, perpétuer. Aujourd’hui, on se rend bien compte que la
plupart du temps, maintenant, les parents sont démissionnaires… il faut absolument favoriser le dialogue. C’est également mon expérience de professeur qui m’a amenée à considérer la cellule
familiale avec beaucoup d’intérêt, puisque les répercussions des difficultés familiales se font sentir immédiatement dans notre société.
6. Dans votre vie de tous les jours, est-ce que la loi sur la Parité, ou des évènements médiatisés en faveur de la femme, ont changé les choses ? Peut-on changer les mentalités avec des lois ?
Changer les mentalités… pas vraiment, parce qu’on voit que certains hommes, même s’il y a une loi, ne sont pas toujours d’accord sur cette parité. Heureusement tout de même qu’il y a ces lois pour que la femme puisse aujourd’hui avoir une place prépondérante en politique… au niveau politique, cette parité est respectée, mais ce n’est pas toujours le cas dans le monde privé, dans certaines entreprises, il est encore mal vu que des femmes soient responsables. Dans certains domaines les hommes sont toujours prépondérants. La femme pourrait aussi faire les mêmes choses mais souvent on ne lui laisse pas le choix.
7. Le monde politique est un monde ciblé et très contesté, à votre avis, quelles différences les femmes peuvent-elles apporter ?
Une femme peut apporter énormément de part sa sensibilité, aussi, la femme est plus… je ne vais pas dire qu’elle « réfléchit plus » (rire), disons… qu’elle est plus « posée », qu’elle réagit plus en fonction de son affectif également, elle voit les choses avec plus de recul… quand les femmes interviennent, leur réflexion a été murie…
8. C’est parce que les femmes politiques ont plus à prouver que les hommes ?
Non, je ne pense pas qu’elles aient plus à prouver, mais elles ont une sensibilité différente, mais surtout nous sommes complémentaires.
9. Le « Genre » a-t-il vraiment de l’importance au sein de votre parti Rautahi ?
Au sein de Rautahi, les femmes qui sont représentantes à l’assemblée (Ndlr : Emma Algan, Maina Sage) ont beaucoup de caractère, elles savent imposer leurs idées et n’ont pas peur d’intervenir, de dire ce qu’elles pensent. Elles sont bien préparées à leurs mandats d’élues…
10.Une femme présidente du pays, c’est « utopique », « à prévoir dans un avenir lointain » ou « inévitable » ?
Utopique ? Non, pourquoi pas, certaines femmes seraient tout à fait capables de tenir ces fonctions. « Dans les années à venir » pourquoi pas, peut-être que la façon de gérer le pays serait différente… Je n’y verrais pas d’inconvénient… Je ne dis pas ça parce que je suis femme ! Mais c’est parce qu’actuellement on a des femmes qui sont leaders, qui sont capables de gérer les affaires, de trouver des solutions.
11.En 2010, est-ce que le thème de la femme est porteur, est-il « opportun & l’occasion d’ambitions personnelles » ou est-il simplement dépassé ?
Il faut continuer à perpétuer ces évènements, parce qu’aujourd’hui on voit bien que les femmes n’ont pas encore la place qu’elles devraient avoir. Il est important de montrer qu’elle existe, qu’elle a du potentiel à valoriser. Il faut poursuivre ces actions pour que la femme prenne encore plus d’importance au sein de la société actuelle.
Si le 8 mars c’est la Journée de la Femme, cette journée ne peut pas non plus se faire sans les hommes ; eux aussi doivent s’impliquer, nous vivons ensemble, nous sommes complémentaires, leur présence est donc très importante. Il ne faut pas pratiquer toute forme d’exclusion sur un thème.
12.Quelle est la femme qui vous a le plus marquée ?
Sans hésitation, c’est ma mère.
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